L’aspect socio-culturel dans la littérature « beur »

Introduction

Avant de commencer notre communication, il faut tout comprendre la signification du mot « beur ». « Beur » (féminin « beurette ») est un terme familier qui désigne les descendants des émigrés d’Afrique du Nord installés et nés en France. C’est-à-dire, les enfants nés en France des parents immigrés du Maghreb (L’Algérie, La Tunisie, Le Maroc).  Le mot est entré dans « le Robert » en septembre 1985. « Beur » est défini comme un « jeune homme né en France de parents immigrés d’origine maghrébine ». Mais on ne doit pas oublier le féminin « Beurette ».

Le terme a été créé en inversant l’ordre des syllabes du mot arabe : a-ra-beu donne beu-ra-a, puis beur par contraction. C’est donc un mot du verlan, qui a la particularité d’avoir donné lui-même en verlan le nom Rebeu, porteur de même sens. On le désigne aussi « jeune Français d’origine maghrébine ».

Les Beurs étant des enfants d’immigrés, on utilise parfois le terme d’« immigrés de deuxième génération », par opposition aux « primo-arrivants ». On peut relever que le terme « immigrés de deuxième génération » est une antinomie, en effet, si une personne est née sur place, elle n’est elle-même pas immigrée ; le terme exact serait plutôt « enfant d’immigré ».

La littérature beur

La littérature de la migration ou la littérature beur, c’est-à-dire, des écritures à un moindre degré au sujet des migrants, est un phénomène qui a commandé l’intérêt croissant dans des études littéraires depuis les années 80’. Des migrants sont définis ici comme des gens qui ont quitté leurs pays pour arriver dans un autre pays ou dans des communautés culturelles qui sont, au commencement, étranges à eux.

Ainsi, la littérature « beur », née dans les années 80, est produite en français par des écrivains issus de la seconde génération de l’immigration maghrébine en France. Elle est l’expression d’écrivains nés ou arrivés en bas âge dans le pays d’accueil de leurs parents. Ces écrivains développent un discours de références culturelles, d’appartenance à une communauté parentale avant d’être une auto-analyse.

Origine de la littérature beur

En 1983, avec son roman, « Le the au Harem d’Archi Ahmed », Mehdi Charef donne la première voie pour la littérature appelé littérature « beur » ou littérature des jeunes de la seconde génération immigrée. Mais, on ne sait généralement pas que le premier roman « beur » était « L’amour quand même » écrit par Hocine Touabti. Mais ce roman n’était pas rencontré par les critiques avec plus d’importance. La première utilisation publique du terme « Beur » a été notée avec la création d’une station de radio appelée, « Radio Beur », dans une banlieue de Paris en automne de 1981. Néanmoins, la République des lettres, les maisons d’éditions, les critiques littéraires, les universitaires et les institutions ont commence à accepter la naissance du « roman beur » et l’arrivée sur la scène littéraire française d’une nouvelle race d’écrivains.

L’histoire de la France postcoloniale est marquée par l’arrivée massive d’immigrés magrébins au début des années 60’. Ces immigrés d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie étaient pour la plupart des analphabètes. Le regroupement familial leur a permis de reconstituer des familles généralement installées dans les « banlieues » et auprès des zones industrielles.

Les générations d’enfants d’immigrés, nées en France ou arrivées en bas âge avec leurs parents, sont aujourd’hui désignées sous le vocable « beur ». Ce terme repris à leur compte par un grand nombre de jeunes d’origine maghrébine retourne le mot ‘arabe’ en verlan et leur permet de se démarquer dans la société française en détournant l’insulte. La « génération beur » va devenir dans les années 80 un phénomène de société. Le mot a été adopté par les journaux et les chaînes de Télévision lors de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » lancée en décembre 1983 par un groupe de jeunes maghrébins.

Pendant l’automne 1983, après de graves émeutes répondant à des violences policières, une poignée d’habitants des Minguettes[1], quartier périphérique de l’agglomération lyonnaise, entamèrent une Marche, qui traîna 100 000 personnes à Paris le 3 décembre 1983.

Cette marche pour l’égalité et contre le racisme, rebaptisée « Marche des beurs » partie de Marseille le 15 octobre s’achève à Paris. Cette première manifestation nationale contre le racisme se terminera par la rencontre des leaders de la marche avec François Mitterrand. Le président leur accordera à tous une carte de séjour et de travail valable pour 10 ans.

Cette marche symbolique illustre les premiers pas d’une génération, souvent étiquetée « deuxième génération issue de l’immigration », en révolte contre une société qui a refusé de voir leurs aînés arrivés une trentaine d’années plus tôt en France. Cette marche, très médiatisée à l’époque, marque la volonté de sortir du statut d’invisibles et de silencieux.

Marche contre l'inegalite en France

Le domaine culturel

Conscients qu’ils n’étaient pas assez « français » pour les Français de souche[2] et pas assez «arabes» comme leurs parents, ces jeunes « beur » ont dû créer leur mode de vie, leurs genres de musiques(hip-hop), leur mode vestimentaire, leur cinéma, leur littérature, leur humour et leur langage : celui des banlieues. Tous ces éléments comportementaux ont créé la culture «beur».

Cette culture exprime le plus souvent un mal-être identitaire évident chez ces jeunes Français tiraillés entre deux cultures : celle des parents encore marqués par leurs pays d’origine et celle de la société française qui ne les a pas encore intégrés.

Les thèmes

La littérature de la migration se concentre souvent sur les contextes sociaux dans pays d’origine des migrants qui les incitent a partir, sur l’expérience de la migration elle-même, sur la réception mélangée qu’elles peuvent recevoir dans le pays d’ accueil, sur les expériences du racisme et de l’hostilité, et sur le sens de « sans racines » et la recherche de l’identité qui peut résulter du déplacement et de la diversité culturelle.

L’Aspect socio-culturel dans la littérature « beur »

Toute écriture, et, en particulier, l’écriture maghrébine de langue française qui nous intéresse ici particulièrement, est, en effet, née d’une tension. Tension entre deux univers culturellement différents, tension entre deux histoires pourtant intimement liées, tension entre deux langues, l’une maternelle et du « dedans », l’autre, langue du colonisateur, et donc, langue du « dehors ». Cette tension a bien ouvert la possibilité d’analyser plusieurs aspects en tant que social, culturel, religieux, identité, idéologie, etc.

Cette littérature contient bien sûr une parole multiple et trouve assurément sa place parmi les textes maghrébins puisqu’elle renvoie à l’ensemble de la souffrance maghrébine en exil.
Le destin du fils de l’immigré est fait de tiraillements entre ses parents et la société française. Deux mondes qui n’ont rien en commun, excepté ce Beur qui finit par se persuader qu’il n’est, comme l’écrit Mehdi Charef,  » ni arabe ni français[3] « . Il se perçoit dans comme un être  » paumé entre deux cultures, deux histoires  » qui le suspendent mentalement dans les airs, le laissent absent du monde, de la source de vie, et loin de  » s’inventer ses propres racines, ses attaches« .

En fait, chaque fois que le Beur essaie de s’orienter, il est confronté à des difficultés qui l’entraînent sans cesse vers la négation de lui-même. Il est ainsi laissé à son propre vécu pour être toujours dévoré par ce sentiment de rejet des deux sociétés.

Peu à peu, le Beur réalise que sa famille ne suit pas le mouvement social dans lequel lui-même est entraîné. Même si elle possède les objets de l’Occident, la façon de penser correspond en tout point à l’image traditionnelle du pays d’origine.

Le roman beur incite donc à réfléchir le rapport problématique avec les parents. L’ensemble des récits les désigne comme des sujets autoritaires, imposant un mode de pensée obsolète que leurs enfants refusent. Même si ces derniers obéissent, continuent à leur témoigner plus ou moins de respect, il n’en demeure pas moins qu’il est forcé. C’est dire que ces enfants ne croient plus en leurs parents. On se demande alors où se situe leur port d’attache, si ce n’est pas celui de la famille. On croirait deviner que la société française les rend plus heureux. Mais, là encore, ce n’est pas le cas, le même sentiment de haine les anime : la haine contre la société française.

En résumé, quand le Beur se libère du poids familial, il se retrouve contraint de lutter contre la société occidentale qui l’exclut. Il découvre qu’il perd une partie de sa propre culture dans cette société de ‘l’Autre’. Il est musulman par religion. L’identité musulmane joue une grande partie dans les autres facettes de la vie des personnages. Leurs fonds et leurs familles sont des sources de la honte et des sentiments de l’aliénation en France.

Conclusion

Quand j’arrive à la fin de cette communication, pour sommer et en conclusion, je peux dire que la littérature « beur » tend au dépassement des réalités actuelles. Plus l’être souffre, se voit dans une impasse, plus il cherche un moyen de compenser son désespoir. On peut dire qu’il est mû par un courant énergétique, une réaction légitime pour barrer toutes les tentatives extérieures de destruction.

Pour le Beur, il s’agit de se créer une vie meilleure, et cela ne se réalisera que s’il pense fortement à ce lendemain tant espéré. Ainsi, ce n’est que là, dans cet imaginaire, qu’on peut retrouver toute sa puissance, sa fierté, la solidarité du corps avec l’esprit, enfin tout l’équilibre perdu dans l’espace social.

 


[1]Les Minguettes sont un quartier résidentiel de Vénissieux, dans la banlieue sud de Lyon, constitué en grande partie d’HLM construit dans les années 1960.

[2] Les français issus de l’immigration.

[3] Mehdi CharefLe thé au Harem d’Archi Ahmed, Paris, Mercure de France, 1993.

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