Ecritures créatives

(extrait de la préface Ecritures créatives, PUG, 2011, S. Bara, AM Bonvallet, C. Rodier)

Ecritures créatives

Les ateliers d’écriture sont nés aux États-Unis avec pour but de former des écrivains, de leur donner des outils « techniques » pour écrire : comment organiser le texte, quel style adopter, etc. Ils se sont développés ensuite en Europe et ont pris divers aspects, sociaux, littéraires, psychanalytiques etc.

Qu’est-ce un atelier d’écriture ?

En ce qui concerne la littérature, les ateliers proposent des activités favorisant la créativité et l’écriture : des textes à imiter, des déclencheurs (une question, une situation, des éléments de récits…), des jeux littéraires (notamment les contraintes de l’OULIPO) etc.

Pourquoi des activités d’écriture en classe ?

D’un point de vue méthodologique, l’atelier d’écriture a pour vertu de déplacer l’objet de l’apprentissage : les participants n’écrivent plus pour apprendre, pour être évalués par le professeur, pour passer un test ou un examen mais bien pour prendre du plaisir. L’atelier les emmène dans une fonction du langage que le linguiste Roman Jakobson nomme « poétique » où la forme du texte devient l’essentiel du message.

Cette fonction est peu utilisée en classe où l’enseignement se concentre sur une langue utile, fonctionnelle, efficace. C’est pourtant un élément essentiel de l’apprentissage : le plaisir pris par les étudiants est une source de motivation incomparable et la « découverte » de leur créativité, de leur imagination en langue étrangère leur fait prendre conscience que cette langue n’est pas seulement une matière scolaire mais un vecteur de communication. Ils « oublient » qu’ils travaillent en français et qu’ils sont en train d’apprendre. C’est cette philosophie de l’apprentissage, la perspective interactionnelle et la didactique invisible, qui est mise en avant dans le projet Babelweb www.babel-web.eu. En ce qui concerne la littérature, les blogues « Poèmes en liberté » et « Un monde absurde » en sont de bons exemples.

Le principe des ateliers traditionnels est conservé : faire écrire à partir de déclencheurs à imiter, reproduire, parodier, modifier, de contraintes et de jeux littéraires Oulipiens. Quand cela est possible, chaque participant lit ses productions (sans caractère obligatoire). Comme dans les ateliers de l’écrivain François Bon, le professeur les transcrit pour en garder une trace et éventuellement les mettre en ligne sur un blogue spécifique ou sur des blogues littéraires. Il est important que les participants voient que leur travail sort de la classe et n’est pas un exercice comme un autre.

Il ne s’agit pas de former des écrivains mais de faire pratiquer le français d’une autre manière, plus ludique, créative, imaginative et de dédramatiser l’écrit. Les erreurs ne sont pas corrigées sur l’instant. Elles peuvent l’être dans un second temps, soit collectivement soit individuellement. Comme le dit l’écrivain Régine Detambel¹, « Faire écrire c’est bien, faire réécrire c’est mieux. » Et elle ajoute : « Enfin, pour conclure, je voudrais rappeler une fonction de la littérature que je trouve essentielle. Donner du plaisir, sublimer en s’évadant par le haut, rassurer, épanouir, échanger, communiquer, etc., certes, mais il y a aussi la fonction de suppléance. Enfant, on voulait être explorateur, médecin, spationaute, sculpteur et photographe et puis on n’a pas eu le temps et on est que ce qu’on est, pas forcément des ratés d’ailleurs. Parce qu’il y a tout l’élan vital dans une image littéraire, la littérature sera là, tout au long de notre existence, pour redonner vie à nos occasions manquées. »

Nous faisons écrire et réécrire les participants pour qu’ils améliorent leur expression écrite mais aussi, pourquoi ne pas y penser, pour ouvrir des portes qui les aideront à vivre.

Et s’il fallait justifier encore les ateliers d’écriture, une dernière citation de Pete Fromm dans Indian Creek² : « En écrivant, je me sentis emporté loin de ma chaise sale et de la maison délabrée que je partageais avec mes colocataires. J’étais de nouveau là-bas. Dans la neige. Dans la montagne. J’étais de retour à Indian Creek. J’avais découvert qu’il était possible de rêver en étant éveillé, un stylo à la main. »

Pour conclure

Le point de vue est modeste : faire écrire, faire prendre du plaisir, changer la routine pour au bout du compte faire mieux travailler. Comme toutes les pratiques de classe, elles fonctionnent parfois très bien avec un groupe, parfois moins bien avec un autre. Il faut du temps pour que les apprenants laissent de côté leurs réticences et « oublient » qu’ils sont en cours. Mais notre expérience montre qu’en persévérant, en convainquant, ces moments de classe deviennent des petits bonheurs partagés et qu’ils contribuent de manière évidente à la motivation et au plaisir d’apprendre.

  1. L’écrit tôt, La lettre de Thot, juillet 2004.
  2. Pete Fromm, Indian Creek, Gallmeister, 1993, 2006 pour l’édition française.
  3. Robert Bouchard, CIEF, Université Lumière – Lyon 2, in Lidil n°12, septembre 1995, PU de Grenoble, 1995, pp 97 – 118.

Un exemple d’atelier : http://ateliergraz.unblog.fr