Formation de professeurs à l’AF Trivandrum

Alice Gauny, directrice de l’alliance française de Trivandrum, a organisé les 7 et 8 février 2014, une formation de professeurs dans les locaux de l’alliance française où est intervenu l’attaché de coopération pour le français à Bombay.

Le groupe de formation

Le groupe de formation

Les 7 et 8 février derniers, 25 professeurs ont participé à une formation organisée à l’alliance française de Trivandrum, 8 étaient de l’Alliance (à plein temps ou temps partiel, ainsi que la directrice des cours et la directrice), et 15 professeurs des écoles indiennes, venus de Trivandrum, Cochin, Alleypey, Kollam et Kottayam. L’institut français en Inde avait missionné Christian Rodier, attaché de coopération pour le français à Bombay, pour assurer cette formation qui portait sur deux thèmes :

  • Le vocabulaire en classe de FLE : quels en sont les principes, les théories et les conséquences pédagogiques.
  • L’écriture créative en classe de FLE : Pourquoi ? Comment ? Quels objectifs ? Quels outils ?

Dans la pédagogie privilégiée actuellement, les approches communicatives, nous apprenons aux étudiants à se passer de vocabulaire en compréhension orale et écrite : on peut comprendre un texte ou un discours sans comprendre chacun des mots. D’un côté c’est positif mais de l’autre il n’y a pas ou peu d’acquisition de vocabulaire.

Le pouvoir des mots

L'alliance française de Trivandrum, le lieu de formation

L’alliance française de Trivandrum, le lieu de formation

Or, dans l’apprentissage d’une langue, c’est primordial : pour décrire le monde, il faut du vocabulaire, sinon, on en est réduit aux gestes : « Le monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt. » Gabriel Garcia-Marquez, Cent ans de solitude. Et pour écrire, parler, il faut des mots : « Certains de ces livres sont grands, d’autres petits, il y en a des gros, des minces – mais tous contiennent des mots. » Paul Auster, Moon Palace.

 Le travail a porté sur les principes d’acquisition et de mémorisation du vocabulaire à travers des jeux, des activités, des documents.

Le second thème, pas très éloigné du premier, concerne l’écriture créative en classe de français. D’un point de vue méthodologique, l’atelier d’écriture a pour vertu de déplacer l’objet de l’apprentissage : les participants n’écrivent plus pour apprendre, pour être évalués par le professeur, pour passer un test ou un examen mais bien pour prendre du plaisir. L’atelier les emmène dans une fonction du langage que le linguiste Roman Jakobson nomme « poétique » où la forme du texte devient l’essentiel du message.

Dédramatiser l’écrit

Il ne s’agit pas de former des écrivains mais de faire pratiquer le français d’une autre manière, plus ludique, créative, imaginative et de dédramatiser l’écrit dès les petits niveaux. Cela permet aussi d’acquérir et de mémoriser du vocabulaire.

Le stage s’est déroulé dans d’excellentes conditions, toute l’équipe de l’AF s’était mobilisée pour offrir les meilleures conditions d’accueil, techniques et matérielles. Lors de l’évaluation, le taux de  satisfaction a atteint plus de 95%.

Quelques exemples de production

Phrase absurde née des lettres du prénom

Je suis….
Un wagon amical qui hache l’émission évidemment douce pour aider
Une radio éternelle qui embrasse merveilleusement amoureusement
Une écharpe sage qui tournoie autour des eucalyptus de façon si loquace qu’elle lacère les écorces
Une jambe élégante née au Népal, quelque chose d’intéressant, qui donne des fleurs aux enfants qui reviennent
Une Turque élégante qui épluche des bananes sagement, comme un singe intelligent
Un ananas amusant qui joue comme un artiste normal et quelquefois anormal
Une île isolée et belle qui imagine une vie d’indépendance
Une Nigérienne innocente qui aime taquiner activement les gens autour d’elle
Une serpente intelligente qui travaille avec honneur pour attirer les âmes
Une directrice heureuse qui adore les nuages

Poème inspiré de Zone, de Guillaume Apollinaire

Te voici à Ouagadougou, dans un centre commercial, où une belle femme aux yeux verts gâte un garçon bête
Te voici Venise, dans une gondole, et le gondolier transporte des touristes en chantant
Te voici à Trivandrum, dans un restaurant, où une femme aux cheveux gris rencontre un jeune homme séduisant
Te voici à Kyoto, devant un temple romantique, et marche un enfant étrange
Te voici à Cracovie, dans le quartier juif, un homme qui fume la pipe hurle sur un clown triste
Te voici à Rome, devant un restaurant : un homme fort laid mendie de l’argent à une femme fort riche
Te voici à Porto, dans une maison de thé, un jeune poète du XVIIIème siècle griffonne des mots ennemis
Te e voici à Essaouira, le long des quais au crépuscule, un éphèbe au regard vide déambule avec une femme rachitique
Te voici à Bordeaux, à la gare, un mendiant sourit à une gitane mystérieuse
Te voici à Venise, à la plage, un homme romantique nage vers une femme adorable
Te voici à Madrid, aux portes de l’école américaine, où une vieille femme vend des fleurs à un étudiant tamoul
Te voici à Vienne, dans un restaurant français, où un pompier orange aide une actrice américaine

Une succession de lieux, inspiré de Jane Sautière, Nullipare

Montpellier (France), la petite, belle maison de « ma maman » française, le balcon où je me trouvais tous les soirs avec mon café en attendant mes copines
Montréal (Canada), ma première visite, ville de jardins, très moderne
Montréal, à nouveau, des habitants chaleureux, plusieurs universités célèbres, des promenades et des randonnées dans la nature
Angers (France), un appartement avec des fenêtres qui donnaient sur une belle rue
Calcutta (Inde), une vieille maison, les grands-parents dormaient dans une chambre jaune, les enfants couraient dans le petit jardin où vivait un triste cocotier
New-York (Etats-Unis), un appartement lumineux, un bébé dans le canapé, une plante verte, une seule fenêtre
Lyon (France), 13 mètres carrés, moquette sale, salle de bain vieille. Je n’aime pas le propriétaire.
Budapest (Hongrie), un ancien sanatorium, très hauts plafonds et des moulures raffinées

Autoportrait collectif, à la Marcel Mariën

Je suis, je fus, je serai ou je pourrais être…
Navigatrice – blonde – pessimiste – indienne – athée – mariée – musicienne – moche – passionnante – alsacienne – agnostique – enfant unique – imaginative – belle – chirurgienne – juive – séparée – torturée – kéralaise – célibataire – grosse – impatiente – hindoue…

Poème surréaliste à la René Char

La mer et les sentiments
L’éternité supplie le monde de la désirer
La mer, c’est un mystère, un secret jamais compris
Dieu a dit avec tendresse que l’amour est un mensonge doux
Les jardins, très beaux, des fleurs, des oiseaux
Le ballon de feu se pose lentement sur son lit d’azur
Une Japonaise danse au bord de la mer
La vie est un mélange de tristesses et de bonheurs
Elle tombe en cascade, l’eau de la montagne
La nature est mystérieuse comme les dieux
Le silence de la nuit profonde endort les soucis
Le cri chaleureux de l’amour enlève la tristesse et la souffrance
La soif de découverte des créatures diaphanes est inextinguible

Poème cadavre exquis, à la Hardellet

Les nuages, c’est l’oisiveté du dimanche
Le ciel, un mot qui ne signifie rien
Une pause, c’est un homme, la nuit
L’étoile : une merveilleuse idée
Un verre vide, c’est une paysanne qui habite au loin
L’amour, ce sont les rayons du soleil ; la vie, l’âme-sœur de la jalousie ; l’ennui profond, la souffrance et la tristesse amicales
La nature, c’est une femme belle et exquise
L’arc-en-ciel, c’est l’odeur des madeleines dans un four
L’espoir, c’est la faim, interminable

Métiers méconnus

Endormeur de poison – Soulageur de château – Emballeur d’enfants – Pleureur d’école – Rieur de professeur – Envoyeur de cadavres – Démasqueur de poison – Baladeur de peluche – Perturbateur de cadeaux.

Un écrivain imaginaire et sa bibliographie

Michel Duchat (1911, Lyon – 1980, Paris).
Père médecin et mère professeur de français. Etudes brillantes à Lyon puis à Paris. Médecin spécialiste de l’œil droit.
Principaux titres : Le café du boiteux (1939), La plume rouge (1946), La confiance du parleur (1951), Le café rouge (1953), Le sommeil et la plume (1956), Le parleur de voitures (1958).
Après 1958, il cesse de publier mais il tente, en vain, d’écrire un dernier livre dont on n’a que le titre : La confiance et le sommeil du parleur de voitures, dans le café de la plume et du boiteux rouge, dont on pense, sans en être certain, qu’il devait être la synthèse de ses livres précédents.

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