Formations en pagaille à Pune

Depuis avril 2013, la ville de Pune compte dans ses habitants Valentin Moisan, attaché de coopération pour le français auprès de l’Institut français en Inde. Basé au département des langues étrangères de l’université de Pune, il a rencontré de nombreux professeurs de la ville et organisé deux formations à leur intention. Bilan avant une prochaine formation le 19 octobre 2013.

FORMATION EN DIDACTIQUE DES LANGUES

En mai 2013, tous les lundis, à l’université de Pune, 22 professeurs de français de Pune ont suivi la première formation du nouvel attaché de coopération pour le français local, sur la didactique des langues. Pendant 4 semaines, le groupe a fait un état des lieux des méthodes d’enseignement du français, de Mauger bleu à la perspective actionnelle en analysant les avantages et désavantages de chacune. Ces ateliers de réflexion auront été l’occasion de définir l’objet de notre enseignement, le français. Mais qu’est-ce que « le français » ? La préface de Mauger bleu donne une réponse :

Mauger bleu

« Quel français devons-nous enseigner ? » demandait un jour quelqu’un qui voulait sans doute proposer aux étrangers un français médiocre à sa façon.
Le français – et, je tiens à le dire, celui que nous enseignons à l’Alliance Française, – n’est pas une langue bon marché. Tout en faisant sa part à la langue familière de la vie quotidienne, le présent ouvrage met nos jeunes débutants et nos « grands commerçants » en présence, le plus vite possible, d’un français excellent et juste et qui, élémentaire encore, est déjà cependant un français difficile. […] Il peut apparaître à de bons esprits que certaines populations moins avancées réclament un français simplifié, économique. […] Le français est assuré de durer comme langue universelle par sa qualité même, et c’est pourquoi cet ouvrage se propose d’enseigner le français et non pas un français.

– Préface de Mauger bleu

Le français, serait donc une langue naturellement difficile. Toute simplification la dénaturerait. Se poser des questions sur le français que l’on enseigne n’a pourtant rien d’idiot. Au-delà du jugement moral transmis par l’idée que le français serait « unique et indivisible », elle occulte également la réalité linguistique. La situation, l’interlocuteur, l’âge, l’origine sociale, la personnalité ou le lieu sont autant de variables qui influent sur notre langue. Le français a donc de nombreux visages, et c’est ce qui fait la richesse d’une langue vivante. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs s’intéressent aussi de plus en plus à la grammaire de l’oral. La langue parlée n’est pas une simple transcription de l’écrit. Elle a ses propres règles, comme pour l’écrit. Ainsi peut-on se demander la place du « ne » explétif à l’oral, comme dans : « je n’aime pas les chiens », alors qu’il tend à disparaitre dans la rue en France. Son absence chez un étranger qui apprend le français désigne-t-elle alors une erreur grammaticale ou une imitation d’un français natif entendu ici ou là ?

Valentin Moisan, attaché de coopération pour le français à Pune

Par la suite, le groupe a aussi créé des activités et fiches pédagogiques sur le modèle de celui de la dictoglose. Les nouvelles méthodes mettent en avant la communication. Mais comment traduire cela en classe ? Le groupe a pu en discuter, chercher les problèmes, et trouver des solutions. Comme pour le français, en cherchant tout d’abord à définir ce qu’est la communication, ce concept mystérieux décrié par les uns et idolâtré par les autres. Ensemble, le groupe a redéfini les attentes correspondant aux niveaux A1, A2, B1 et B2. Qu’est-ce qui fait un utilisateur A1 ? De quoi est-il capable ? Qu’apprendre et dans quel ordre ? Par empathie, on peut avoir envie d’enseigner le français en commençant par le plus facile, les règles les plus simples à intégrer, puis d’augmenter la difficulté progressivement. Hélas, la langue n’est pas faite comme cela, comme le souligne la préface de Mauger bleu. Les verbes les plus communs sont souvent ceux qui font le plus peur aux apprenants. « Il va » mais « nous allons » ? « Être » devient « je suis » ?! Quelle pagaille ! Mais voilà le rôle du professeur. Définir les besoins de ses apprenants, et l’ordre dans lequel les acquérir. On peut alors comprendre pourquoi des méthodes plus modernes intègrent le conditionnel du verbe « vouloir » très tôt dans leur progression. Que préférez-vous entendre : « je veux aller aux toilettes » ou « je voudrais aller aux toilettes » ? C’est à cela que se résume la communication dans le cadre de l’enseignement. Le choix d’outils adaptés selon le niveau.

L’ÉVALUATION C’EST QUOI ?

Le groupe de formation en plein travail

Le 31 aout 2013, à l’université de Pune, l’IFI a organisé une formation sur les problématiques de l’évaluation en partenariat avec l’IATF West. Valentin Moisan pour l’IFI, et Sudnya Athale pour l’IATF, tous deux formateurs d’examinateurs DELF – DALF, ont traité de l’évaluation de l’oral, de l’écrit et de la communication. Au fil de la journée de formation, le groupe a décortiqué les examens mis en place par différents boards ; a mené une réflexion sur l’écriture d’une consigne avec l’aide de Sudnya Athale ; a défini les attentes linguistiques et communicatives pour les niveaux A1, A2 et B1 avec Valentin Moisan.

Sudnya Athale, professeure de français à l’Alliance française de Pune

La grammaire et l’orthographe sont-elles les seules facettes de la langue à évaluer, ou même évaluables ? Faut-il pénaliser l’absence d’accents au niveau débutant ? Comment noter la compréhension ? Prenons l’exemple d’une question notée sur un point de type vrai / faux, et accompagnée d’une justification. Vous vous retrouvez face à une réponse partiellement bonne, le vrai / faux est correct, mais la justification ne l’est pas, ou inversement. Que faites-vous ? Vous donnez 1 point ? 0,5 point ? 0 point ? Pendant les 7 heures de formation, les 23 stagiaires ont pu trouver une réponse ensemble à ces innombrables choix cornéliens que tout professeur rencontre en corrigeant un examen.

FORMATION SUR LA LITTÉRATURE ET LE CINÉMA

Christian Rodier, attaché de coopération pour le français à Bombay

Le 19 octobre prochain, l’IFI organisera une nouvelle formation pour les professeurs de français de l’ouest de l’Inde, à nouveau en partenariat avec l’IATF West. La formation aura lieu à l’université de Pune toute la journée, et portera sur l’utilisation du cinéma et de la littérature en FLE. Pour la partie cinéma, Valentin Moisan survolera les différentes façons d’aborder un document audiovisuel en classe, et des activités qui peuvent en découler. Pour la partie littérature, les stagiaires auront la chance d’avoir Christian Rodier. Après plus de 30 ans d’expérience auprès du Cavilam, de nombreuses publications et des dizaines de formations à travers le monde, l’actuel attaché de coopération pour le français à Bombay traitera de la littérature dans une optique FLE, avec tous les problèmes que cela comporte. La veille, il animera également une formation pour les masters de français de l’université de Pune le matin, puis une autre pour les professeurs de l’Alliance française l’après-midi.

Consultez régulièrement le site pour rester au courant des formations qui ont lieu près de chez vous.

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