La Bretagne rencontre le Maharashtra

En février 2014, 23 étudiants de français à Pune, en Inde, ont pu échanger avec 23 Français de Saint-Pol-de-Léon, en France. Pendant un mois, les étudiants du Fergusson College ont pu échanger en français avec leurs correspondants du lycée Kriesker qui leur répondaient en anglais, par le biais de l’application de messagerie instantanée : Whatsapp. A l’origine du projet, Jean-Luc Mazé, professeur de management interculturel en BTS Commerce international, et Jaya Gadgil, professeure de français, qui a accepté de nous en dire plus sur cette riche expérience.

Jaya Gadgil

Jaya Gadgil, professeure de français au Fergusson College, Pune

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Jaya Gadgil et j’enseigne au Fergusson College depuis 2000. Aujourd’hui, j’enseigne à tous les niveaux – première, deuxième et troisième années – le français général et le français « spécial », c’est-à-dire la littérature et l’histoire. Nous faisons des échanges scolaires avec des lycées depuis 25 ans. Nous avons commencé tout d’abord à Chambéry, ensuite à Brétigny, et maintenant Orléans et Morlaix.

D’où vous est venue l’idée d’utiliser Whatsapp en classe ?

En fait c’est tout une histoire. Nous sommes toujours en échange scolaire. Il y a environ 150 étudiants qui apprennent le français dans notre college mais seuls 15 d’entre eux ont la possibilité d’aller visiter la France. Plusieurs ne peuvent pas le faire soit parce que les frais de voyage sont trop élevés, soit en raison d’un mariage ou d’un évènement familial pendant les vacances d’été. Chaque fois, j’ai pu voir qu’ils étaient très déçus de ne pas avoir la possibilité de parler, communiquer, visiter et habiter chez une famille française. Lors du dernier échange avec Morlaix, un professeur du lycée, Jean-Luc Mazé, est resté chez moi et je lui ai demandé s’il était possible de faire une correspondance de classe. Il m’a promis d’y réfléchir et d’en parler à sa classe après la rentrée scolaire en septembre. Il m’a écrit un courriel au mois de novembre me disant qu’il avait un groupe de 23 étudiants pour lancer ce projet. J’ai parlé avec mes étudiants de première année et ils ont tout de suite montré beaucoup d’intérêt. J’ai réuni un groupe de 23, dont seulement 3 garçons, et nous avons d’abord décidé de correspondre par courriel autour d’un thème donné. Mais j’ai pensé que le courriel serait un peu lent pour les réponses, alors pourquoi ne pas utiliser Whatsapp ? C’est gratuit, c’est rapide et presque tout le monde possède un smartphone. Quelques étudiants de ma classe n’étaient pas contents car ils n’en avaient pas, alors nous avons décidé de partager les smartphones. Mais au final, ceux qui n’en avaient pas ont décidé d’en acheter un parce que c’était si palpitant d’échanger une vingtaine de messages par jour. Tant de choses se passaient.

Pourquoi avoir mis en place ce projet ?

C’était tout d’abord pour mes étudiants qui voulaient correspondre avec un vrai Français, avoir un correspondant ou une correspondante française. De mon côté, c’était pour aider mes étudiants à s’exprimer en français et à parler un français authentique, pas celui que l’on trouve dans les manuels : le français familier, les français des jeunes, l’argot, les expressions… Mais bien sûr aussi, les aider à échanger des connaissances.

Avez-vous déjà fait quelque chose de similaire auparavant ?

Non, jamais, c’était la première fois. M. Mazé était très dynamique, il a fait des efforts et moi aussi. Dès le lancement du projet, mes étudiants ont tout de suite eu très envie de communiquer avec un Français parce qu’ils n’étaient pas partis en échange.

Whatsapp compte plus de 500 millions d'utilisateurs dans le monde

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Comment se passaient les échanges sur Whatsapp ?

Nous avons créé un groupe de 23 Français et un autre de 23 Indiens. M. Mazé était le modérateur du premier et moi du second. Nous avons décidé de faire durer le projet quatre semaines avec un thème différent chaque semaine. Nous avons choisi des binômes, un Français et un Indien, en fonction de leurs gouts et intérêts. Les étudiants français envoyaient des messages pendant leur cours avec M. Mazé, mais en raison du décalage horaire les Indiens devaient répondre chez eux avec leur propre connexion internet.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour préparer et mettre en place ce projet ?

C’était spontané. J’ai choisi 4 sujets, M. Mazé aussi, et nous les avons mis en commun. De mon côté, j’ai demandé à mes étudiants de m’envoyer un courriel avec le détail de ce dont ils avaient parlé. Ensuite, je corrigeais les erreurs et nous en parlions en classe le lendemain. C’était aussi une manière d’enseigner la grammaire, les tournures de phrases, le vocabulaire…

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Nous n’avons pas de connexion sans fil au college, les étudiants devaient lire les messages à la maison. Certains envoyaient des messages pendant la nuit. M. Mazé m’a dit qu’il recevait des messages à n’importe quelle heure de la nuit et qu’il fallait leur dire d’y faire attention. Parfois, certains écrivaient des mots un peu trop familier, mais ça fonctionnait bien. Par exemple, un jour quelqu’un a écrit « MDR », tout le monde m’a demandé ce que c’était et on a pu en discuter. Ou bien les émoticônes, les Français les utilisaient différemment. C’était très intéressant de voir tout ça. Je n’avais pas vraiment besoin de modérer les élèves. Dès que je postais un message, personne n’écrivait pendant une heure. J’essayais de ne pas trop intervenir.

Où en est le projet aujourd’hui ?

Il y a plusieurs étudiants, près d’un tiers du groupe je crois, qui sont restés en contact avec leurs correspondants. Certains envisagent d’aller les voir dans leur famille et les messages continuent sur Facebook aussi. M. Mazé m’a dit qu’il avait déjà 40 étudiants qui voulaient venir en Inde en 2015 !

Et si c’était à refaire ? Qu’y aurait-il à améliorer ?

Je crois qu’il aurait fallu utiliser Skype pour la première et dernière session. Il est nécessaire que les étudiants se voient, qu’il y ait un contact visuel pour aider à la mise en place du projet.

Quelques conseils pour d’autres professeurs souhaitant mettre en place le même type de projet ?

Lancez tout de suite le projet ! Après, il faut un contact un France. Nous avons déjà un échange avec Morlaix. C’était beaucoup plus facile parce que M. Mazé était chez moi. Nous avons pu en discuter. Aujourd’hui j’ai beaucoup d’étudiants qui me demandent quand le projet recommencera, mais ce n’est pas possible parce que les Français sont encore en vacances. Je pense relancer le projet en janvier ou février, avant les examens.

Entretien mené par Valentin Moisan.

Lire l'article du journal Ouest France sur le projet

Cliquez pour lire l’article du journal Ouest France sur le projet.

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