L’aventure de l’assistanat

Pallavi Babar a participé au programme d’assistanat d’anglais de l’ambassade France en Inde de 2013 à 2014, en partant enseigner l’anglais dans la région Nord-Pas-de-Calais. Le départ, l’arrivée en France, la vie professionnelle, le quotidien, le retour en Inde… L’ancienne assistante a accepté de revenir sur cette expérience marquante pour la salle des profs.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Pallavi Babar. J’ai complété mon master de français, en traduction et littérature, au département des langues étrangères de l’université de Pune. Avant de faire mon master je faisais mes études en sciences économiques, à BMCC. En même temps, je faisais tous les niveaux de français à l’alliance française de Pune. J’ai complété mon DALF en 2011. Après avoir complété mon C2 j’étais très contente mais je ne voulais pas continuer avec mes études économiques. J’ai travaillé à BITS, une entreprise de traduction, pendant un mois. Malgré cette période très courte, je me suis dit qu’il me restait beaucoup de chemin à parcourir. Je voulais avancer dans les études comme la littérature ou la linguistique. Alors, j’ai passé et réussi l’examen d’entrée au département des langues étrangères de l’université de Pune, et après j’ai commencé mes études de master.

Comment avez-vous entendu parler du programme d’assistanat ?

À l’époque, quand je faisais mon C1 et C2, en 2010/2011, la plupart de mes camarades sont partis faire leurs études en France. Quelques-unes sont parties grâce au programme d’assistanat. À ce moment-là, j’étais au courant, j’en avais entendu parler à l’Alliance française, mais je ne voulais pas faire une pause tout de suite dans mes études.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir ?

Après avoir fait le master, je me suis rendu compte qu’une langue ce n’est pas que des mots, c’est aussi une culture. Un bain linguistique est nécessaire pour apprendre une langue, surtout une langue étrangère comme le français qui n’a pas lien fort avec l’Inde en dehors de quelques anciennes colonies. Pour moi, c’était essentiel d’être en France pour vraiment découvrir la culture.

Comment a réagi votre famille ?

J’étais étonnée parce que j’ai demandé à mon père si je pouvais partir en France pour un programme de sept mois, et il m’a tout de suite dit que je pouvais partir, que cela ne posait pas de souci. Tout était parfait !

Vous n’étiez jamais allée en France, aviez-vous peur de partir ?

J’étais à l’aise parce que je connaissais la langue. Par contre, je pensais aux papiers, au visa, au logement ! Il y avait trop de choses ! Tout s’est fait par étapes. Avant d’arriver à Paris, il y eu un stage à Delhi et il y avait déjà beaucoup de choses à faire. Ensuite, il y eu Delhi – Paris, c’était la première fois que je prenais l’avion, et puis Paris – Lille. Je n’avais pas de téléphone portable. A la gare de Lille – Flandres, il n’y avait personne et j’étais seule avec mes valises, mais des gens très gentils m’ont aidée à appeler ma propriétaire. Une anecdote me revient : j’avais une escale à Zurich, parce que j’avais pris Swiss Air. Dans le second avion, il y avait un homme, un Français je crois. Je lui ai demandé : « Excuse me, can I sit? » Il m’a regardée et m’a dit : « Comment ? ». Je lui ai dit : « Can I sit at that side? » Il a fait exprès de ne pas comprendre. Alors je lui ai dit, en français : « Est-ce que vous pouvez vous décaler s’il-vous-plait ? » Il m’a répondu : « Je comprends très bien l’anglais Madame, mais j’ai fait exprès de ne pas vous répondre en anglais. Comme si les Américains avaient fait le pacte de parler anglais partout dans le monde. » C’était une de mes premières expériences. Je me suis dit que ça allait être difficile, comme un choc culturel.

Pallavi Babar avec deux de ses élèves

Pallavi Babar avec deux de ses élèves

Quels autres chocs avez-vous eus ?

Je suis arrivée à Lille un samedi après-midi, donc il y avait beaucoup de monde en centre-ville. Mais chez ma propriétaire, en banlieue, le weekend, il n’y avait personne : pas d’embouteillages, pas de gens dans les rues, c’était très différent de l’Inde. C’était un choc culturel, je me suis dit : « où sont les gens ? » Les rues sont complètement désertes !

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez les Français ?

Je me suis beaucoup énervée pour avoir une carte SIM, un compte bancaire… Ça prenait le même temps qu’en Inde ! L’administration, c’est pareil, c’est comme l’Inde. Il faut attendre, attendre, il faut beaucoup de patience. Je crois que le vrai défi pour moi a été mon premier jour à l’école. Les élèves m’ont posé des questions – je n’étais pas qu’une assistante de langue, j’apportais tout une culture – des questions comme : « est-ce que vous avez Internet ? » Des profs étaient étonnés que je porte des jeans, on me demandait si je mangeais des chats ou des chiens, si j’avais des serpents chez moi.

Quelle était votre réaction dans ce type de situation ?

Ça m’amusait, je n’étais pas fâchée. J’essayais de leur expliquer, de démonter leurs clichés. Mon boulot n’était pas de critiquer les gens d’une autre culture mais de représenter mon pays, de les aider à mieux comprendre et effacer les clichés.

Et vous, vous n’aviez pas de clichés ?

On dit souvent que les Français sont distants. Moi, j’étais dans le Nord-Pas-de-Calais, et les gens y étaient très gentils et chaleureux. C’était complètement différent de Paris. Paris, c’est pas vraiment la France. Paris, c’est Paris. C’est une ville, il y a des quartiers très très chics mais il y a aussi des quartiers banals, des quartiers pauvres. Il y a des gens de partout, c’est une ville très métissée.

Comment se passait votre vie au quotidien ?

C’était difficile de s’adapter au climat, à la nourriture… J’aime la nourriture indienne. Le plus dur dans la nourriture française, ça a été le bœuf. Avant de partir, je me suis dit qu’en voyageant on ne pouvait pas trop être difficile. Quand on voyage, on voyage. On doit manger ce qui est dans son assiette. On ne peut pas manger comme chez soi. C’était un plaisir d’accepter les nouvelles choses, ça m’a aidée à avoir un esprit ouvert. Au début, je ne mangeais pas beaucoup de bœuf, mais il y avait des jours où je n’avais pas le choix. Cela m’a forcée à briser les clichés dans ma tête. Pour le climat, j’ai eu de la chance car l’hiver n’a pas été trop rude. Mais quelques fois il y avait du vent, il pleuvait, il faisait 0°C, et c’était dur. Heureusement j’avais des amis : Américains, Français, Italiens, Indiens. Il y avait des soirées pour tous les assistants. On se rencontrait dans un café, et il y  a aussi beaucoup de groupes sur Facebook, des groupes d’Indiens notamment. Avant je ne voulais pas rester en France, je trouvais cela trop difficile, j’avais des problèmes administratifs. Mais une fois tout ça réglé, mon quotidien a commencé : j’avais des amis, j’enseignais la danse à l’école, tout se passait très bien ; j’ai travaillé avec un violoniste qui fait son doctorat en musique classique indienne, je faisais des traductions, je faisais des spectacles, c’était super.

Et comment s’est passé votre retour en Inde ? Cette expérience vous a-t-elle changée ?

Avant de partir en France, je disais tout le temps que Pune est la seule ville à laquelle j’appartiens. Mais aujourd’hui, je peux dire que Lille est ma ville aussi. J’ai grandi, j’ai eu mon indépendance financière, chaque sou que je dépensais, c’était mon propre argent. J’ai changé en tant que femme. Je n’avais pas pensé que je serais seule, dans une ville, dans un pays complètement étranger. J’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences. C’est parfois difficile de voyager seule, mais j’ai appris à ne pas juger un pays d’après le comportement de quelques personnes. C’est ça avoir un esprit ouvert, que ce soit pour moi vis-à-vis des Français, ou d’étrangers vis-à-vis des Indiens. Avant je jugeais beaucoup, maintenant je ne juge plus.

Quel conseil donneriez-vous aux futures assistantes ?

J’ai appris beaucoup de choses sur moi. J’ai souffert et j’ai vécu plein de choses. L’important est de garder un esprit ouvert. Il ne faut pas se faire trop d’idées avant de visiter un endroit, ça n’apporte rien. Tout ça vient avec l’expérience, on ne peut pas vraiment s’y préparer.

Entretien mené par Valentin Moisan

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