Mouvement de libération des femmes : 1970 – 2010

Mouvement de libération des femmes :

1970 – 2010

 

 

INTRODUCTION

 

L’ année 68 et le mouvement des femmes             

C’est devenu une évidence que le mouvement des femmes fait partie du mouvement de 1968.

Mais cette évidence fait contraste avec la suspicion où a été si longtemps tenu le mouvement des femmes par les porte-parole reconnus du mouvement de 68. En fait le mouvement des femmes est issu du mouvement de 1968 ; mais il s’est constitué en rupture avec les organisations d’extrême-gauche où la plupart des féministes avaient fait leurs classes mais où elles s’étaient senties dévalorisées, exploitées, méprisées ; où elles ne parvenaient pas à faire prendre en considération les problèmes qu’elles soulevaient. Ce qui est important, c’est ce double mouvement de filiation et de rupture entre Mai 1968 et le mouvement des femmes. Il ya trois critères essentielles qu’on doit noter :

1-Les conceptions politiques du Mouvement des femmes sont celles de Mai 68.

2-Mais ce Mouvement a développé une critique virulente du gauchisme et forgé un nouveau modèle, une « autre façon de faire de la politique ».

3-La critique féministe du gauchisme n’a pas été sans effet dans le contexte de la crise de celui-ci ; et le mouvement des femmes lui-même n’y a pas échappé. C’est pourquoi l’étude du mouvement des femmes, vingt-cinq ans plus tard, semble une excellente façon d’aborder celle des années 68.

Dès 1970, le mouvement des femmes – un mouvement qui prétendait à une totale originalité et ignorait sa filiation – dans l’histoire du féminisme et dans les évolutions de la société.

L’Après Mai des femmes

Le Mouvement de libération des femmes est apparu publiquement en France en1970. Après les États Unis, la Grande Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark. Le mouvement se propageait à travers le monde occidental comme une traînée de poudre parce que les causes étaient partout les mêmes et que les idées se diffusaient à travers les réseaux préexistants (de la nouvelle gauche, du mouvement étudiant) comme à travers les mass-médias. Les causes étaient les mêmes que celles du mouvement étudiant –démographiques, économiques, politiques, culturelles – redoublées part d’autres, plus spécifiques .Les générations du baby boom arrivaient à l’âge de l’Université. Cet afflux se combinait souvent avec un mouvement de démocratisation et de féminisation de l’enseignement (par exemple en France le nombre des étudiants a augmenté en 10ans de 180 % ; et pour la première fois en 1968 le nombre de bachelières dépassait celui des bacheliers), et les structures traditionnelles de l’Université étaient inadaptées. La critique de « l’Université bourgeoise » explosait surtout dans ces secteurs nouveaux, à l’avenir incertain, où les filles étaient nombreuses : psycho, socio.

La situation économique était à son apogée, après vingt ans d’expansion et de plein emploi ; le développement du secteur tertiaire demandait de plus en plus demain d’œuvre féminine. Les femmes, de plus en plus diplômées, supportaient de plus en plus mal l’écart entre leurs capacités et leur enfermement dans la mission domestique. D’autant que les progrès de la science et de la médecine rendaient possibles de nouvelles libertés (maîtrise de la fécondité).

Les femmes pouvaient s’appuyer sur les acquis de la précédente génération féministe et sur une nouvelle conscience de leur insuffisance. Elles restaient – après des décennies d’égalité formelle – dominées, dépendantes, enfermées dans des rôles traditionnels, dans un prétendu « destin ». Les conceptions politiques de Mai 68 offraient aux femmes – qui s’étaient  pour analyser leur oppression et un modèle pour la lutte collective.

LE MLF ET LE MOUVEMENT DE LIBERATION DE LA FEMME                                                                

Le MLF a surgit à la conjonction de deux faits historiques : les mouvements contestataires de 1968 qui constitue son contexte socio -politique immédiat, et la lente évolution, au court du siècle, du rôle des femmes dans la vie sociale et culturelle.

Grâce à ce mouvement, les femmes ne se battent plus seulement, comme au début du siècle, pour entrer dans les métiers, les partis, les syndicats ou les associations professionnelles ; sur ce plan elles ont obtenu assez de victoires pour s’interroger sur celles-ci ; désormais, l’enjeu est clairement d’obtenir le pouvoir de dire, représenter, proposer, décider. Mais aussi, le pouvoir d’innover, mais celui-ci repose sur la liberté.

 

Le MLF ne revendique pas l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cadre du système tel qu’il existe – égalité pour laquelle s’étaient mobilisées les féministes du passé – elles contestent le cadre existant. Il faut faire sauter ce cadre et les limites qu’il impose : abolition du capitalisme, du patriarcat, de la bipolarisation des sexes.

On se bat, non pour soi, mais pour la libération de la société tout entière. En ce qui concerne le MLF qui participe au combat commun pour « changer la vie »,

il se veut au centre puisqu’il considère que l’oppression des femmes est la matrice de toutes les oppressions.

– Ses formes d’expression : le mouvement reprend le style spectaculaire et provocateur qui avait été celui de mai 68 pour forcer le système à dévoiler sa nature répressive masquée sous le consensus. En mai 68 on avait assisté à une mise en scène de la violence et de la transgression, par l’humour corrosif, l’insolence.                                                                                                                                                  

 

Le Mouvement de libération des femmes est né (1)

La première sortie médiatique du Mouvement a lieu le 26 août 1970, quand un groupe d’une dizaine de femmes déposent sous l’Arc de Triomphe à Paris, une gerbe à la femme du soldat inconnu (en solidarité avec la grève des femmes américaines, qui célèbrent ce jour-là le 50e anniversaire de leur droit de vote), dénonçant le manque de reconnaissance vis-à-vis des femmes. Elles sont arrêtées par la police mais cet événement donne naissance au Mouvement de libération des femmes (MLF). Sans leader, cette organisation va fédérer plusieurs groupes de différentes tendances politiques, philosophiques ou sociologiques. Selon les membres, la femme n’est pas suffisamment entendue au sein de la société, bien qu’elle obtienne de plus en plus de droits. La presse et l’édition seront leurs principaux moyens de communication. Très vite, le mouvement prendra de l’ampleur, notamment grâce à Antoinette Fouque, Simone de Beauvoir ou encore, Christine Delphy. Les actions de chaque groupe tourneront autour de la protection de la femme, de la lutte pour ses droits et contre la violence, ainsi que pour l’avortement. Sur leurs banderoles on peut lire : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu, Sa femme », et Monique Wittig porte une banderole : « Un homme sur deux est une femme ».

A l’automne 70, paraît un numéro spécial de la revue Partisans, publié par François Maspero, intitulé « Libération des femmes, année zéro », qui rassemble des témoignages anonymes, et des textes signés par des Françaises et des Américaines. On lit dans la présentation :

 « Le phénomène n’est pas limité aux États-Unis. Partout en Europe occidentale, simultanément depuis plus de deux ans, en Angleterre, en Hollande, en Suède et au Danemark, en Allemagne, en France, maintenant en Italie, des groupes de femmes se sont spontanément formés pour réfléchir aux moyens de lutter contre leur oppression. »

Les événements qui ont suivi le mouvement de libération des femmes (2):                                                   

– Publication du « Manifeste des 343 »                        

Le 5 avril 1975

Sous l’impulsion du Mouvement de libération des femmes, le journal du « Nouvel Observateur » publie une pétition portant 343 signatures de femmes. Toutes déclarent avoir recouru à l’avortement au cours de leur vie. L’IVG étant sévèrement puni par la loi, elles courent des risques afin de changer la législation. Elles réclament en effet le droit d’accéder librement à la contraception, ainsi que celui d’avorter en toute légalité. Parmi ces signatures figurent celles de personnalités très en vogue, telles que Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Delphine Seyrig… Le scandale est retentissant. La loi Veil autorisera l’avortement en 1975.                            

– Le procès de Bobigny s’achève                                

Jugée pour avortement Marie-Claire Chevalier est relaxée, au  terme de plusieurs semaines de procès. Dès l’ouverture de l’affaire, les féministes du Mouvement de libération des femmes avaient réagi. Déjà l’année précédente, la pétition du « manifeste des 343 » avait été publiée pour lutter en faveur de l’interruption volontaire de grossesse et de la contraception gratuite. La libération de la jeune femme apparaît comme un grand pas en avant pour ce combat mené depuis des années pas les féministes.                                                              

– Nouvelle avancée pour la contraception               

Une nouvelle loi autorise la délivrance de la pilule contraceptive aux mineures sans l’autorisation de leurs parents. Elle garantie anonymat et gratuité dans les centres de planification familiaux. Ce nouveau texte vient parfaire la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 qui légalise l’utilisation de la pilule.                              

– Vote de la Loi Veil

La ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing fait voter son texte autorisant l’avortement en France avec l’appoint des voix de gauche, après un débat houleux. La loi est votée à titre provisoire pour une période de 5 ans. Elle sera reconduite le 31 décembre 1979.                                                                                        

– Les droits des femmes à l’ONU                              

La déclaration finale de la conférence de l’ONU consacrée aux femmes réaffirme que « les droits des femmes sont partie intégrante et indivisible des droits humains ». Elle a été adoptée par les 181 délégations participantes aux débats. Les Etats catholiques et musulmans ont essayé, en vain, d’exclure la notion de « sexualité » des textes.                                                                                                                         

– Naissance de Ni putes ni soumises                            

La « Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité » s’élance de Vitry-sur-Seine en hommage à Sohane Benziane, 17 ans, brûlée vive quelques mois plus tôt pour s’être affichée avec son petit ami. C’est le point de départ d’une marche qui, après 23 étapes en France, regroupera 30 000 personnes le 8 Mars suivant à Paris. Décidé à briser le silence entourant la condition féminine dans les cités « difficiles », le mouvement dénonce les violences, les « tournantes » mais aussi les atteintes quotidiennes à la liberté.

Le mouvement des femmes s’inscrit donc dans les conceptions politiques de 68 et les prolonge souvent en leur donnant une dimension concrète. Mais il les prolonge aussi en retournant leurs exigences contre les groupes politiques parce que ceux-ci n’appliquent pas leurs propres schémas d’analyse quand il s’agit des femmes et parce que leurs pratiques ne sont pas en accord avec leurs principes.

– Le premier acte de rupture, celui qui fonde le mouvement des femmes, c’est la « non-mixité ». Les femmes se mettent entre elles pour analyser leur oppression et définir les moyens de lutter, parce qu’il n’y a pas d’autre savoir sur l’oppression que le vécu de chacune. Une parole plus facile, un sentiment de solidarité ; l’échange d’expériences montre que les mêmes problèmes sont vécus par toutes et qu’il ne s’agit pas de fatalité, de destin naturel mais d’une situation construite –historiquement et socialement – et donc susceptible de modifications volontaires. Il s’agit d’une réalité collective qu’il s’agit de combattre collectivement, mais que chacune vit personnellement. Il y a une articulation entre le collectif et l’individuel qui est quelque chose de tout à fait unique.

La non-mixité, qui est partout le principe du néo-féminisme, est sans doute particulièrement conflictuelle en France parce qu’elle rompt avec la tradition d’alliance progressiste entre le combat pour les droits des femmes et celui de la mixité – des écoles ou de la vie sociale – et parce qu’elle prend des allures de rupture sexuelle dans un pays où on valorise l’art de vivre entre les sexes. Mais elle pose le principe qu’il existe des intérêts communs entre toutes les femmes, que les femmes constituent un groupe social face à celui des hommes.

Le MLF a continué à porter le flambeau de 68 et des valeurs collectives quand le mouvement social avec lequel il avait pu les partager avait pratiquement disparu.

Le MLF a été entraîné dans un tourbillon infernal de ruptures et de trahisons. Il est resté attaché à sa vision novatrice alors que la société avait cessé d’être ouverte au changement, et il a perdu toute influence sur celle-ci. Il continue de vouloir tout ou rien, de refuser toute négociation, tout compromis. Paralysé par sa crainte du réformisme, il refusait de voir l’évolution de la société qu’il avait lui-même impulsée. Et il continuait d’ironiser sur la récupération, de tourner en dérision la politique électorale, alors que celle-ci était redevenue l’unique horizon.

Après le dynamisme des années 70 le mouvement des femmes a connu un reflux dans tous les pays ; mais plus ou moins violent, plus ou moins profond selon les cas. En France, il n’y a pas (ou peu) eu de remise en question des acquis mais beaucoup plus un dénigrement des féministes. Le Mouvement des femmes en France n’a pas assumé le passage de l’utopie révolutionnaire au réformisme. Les valeurs féministes ont été très largement intégrées par la société française, mais le MLF a été marginalisé, digéré et rejeté (3).

RESUMÉ ET CONCLUSION

La libération des femmes était une fête et son caractère subversif résidait dans la coïncidence entre l’engagement de chacune pour exister personnellement et le combat collectif pour faire émerger une identité collective des femmes.

Le mouvement des femmes est aujourd’hui volontiers cité comme la manifestation la plus évidente de ce qui reste de Mai 68, y compris par les anciens leaders gauchistes qui dénonçaient alors la trahison de la lutte des classes. Sans doute parce qu’il a été la partie la plus solide, la plus durable de ce mouvement social, celle qui a produit les changements les plus évidents dans la société.

On peut y voir une modalité du changement social, (en tous cas en France) avec les relations complexes de la lutte et de sa « récupération » par la société qui s’alimente de la contestation..

Le MLF, version française d’un mouvement féministe international lui a apporté des caractéristiques qui sont celles de notre culture nationale : de même que le Mai français peut apparaître comme un modèle du genre, de même le MLF a trouvé ses marques dans la tradition révolutionnaire. Il a excellé dans le style spectaculaire et provocateur, dans l’expression ludique de la transgression, dans l’humour corrosif.

 

SITOGRAPHIE

(1). http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_de_lib%C3%A9ration_des_femmes

(2).http://www.linternaute.com/histoire/motcle/2811/a/1/1/droit_des_femmes.shtml

(3). http://jp.malrieu.free.fr/SES702/breve.php3?id_breve=31

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