Pourquoi la tortue a la carapace bosselée (conte nigérian)

Un jour la tortue reçoit une invitation à participer à la fête que donnent comme chaque année tous les oiseaux et qui doit se tenir dans le plus grand des arbres de la forêt.

Les oiseaux et la tortue depuis toujours vivent en bons amis. Mais, à l’annonce de cette fête, la tortue devient inquiète. Les oiseaux veulent-ils se moquer d’elle ?

– Pourquoi m’ont-ils invitée tout là-haut ? Et comment vais-je pouvoir atteindre le sommet de l’arbre ? Ne savent-ils pas que je ne sais ni voler ni grimper aux arbres ?

Finalement, la tortue se décide à aller emprunter des ailes chez ses amis les oiseaux qui habitent au bord de la rivière. Ceux-ci acceptent de l’aider. Ici et là, ils ramassent des plumes tombées à terre et, en collant avec de la cire d’abeille, ils lui fabriquent deux grandes et larges ailes.

Le jour de la fête, la tortue se prépare à s’envoler. Battant des ailes de toutes ses forces, mais aussi soutenue, portée, tirée de tous côtés par ses amis les oiseaux, elle réussit enfin à atteindre le sommet de l’arbre. Des cris, et les applaudissements de tous, saluent son arrivée :

– Comme vous êtes belle ! lui dit le roi des oiseaux. Vos grandes ailes sont magnifiques. Vraiment, vous nous ressemblez tout à fait. Vous êtes comme l’un des nôtres. Soyez donc la bienvenue !

Et tous les oiseaux rient, et s’approchent d’elle en se poussant, pour la saluer.

Devant un tel succès, le roi décide de lui faire honneur et lui demande d’organiser la fête à sa façon. Pour cela, il la nomme maître de cérémonie. Aussitôt, la tortue prend la parole et propose de rendre la réunion encore plus amusante en invitant chacun à se choisir un nom de fête. Les oiseaux acceptent avec des cris de joie et se mettent à chercher et à se donner les surnoms les plus extraordinaires. Quand on demande à la tortue quel nom elle a choisi pour elle-même, celle-ci répond tout simplement :

– Désormais, je m’appelle Vous.

La soirée commence par des chants et des danses au cours desquels, et à chaque fois qu’ils se croisent, les invités ne cessent de s’appeler par leur surnom.

Bientôt, ils sont tous fatigués et commencent à avoir faim. Quand la musique cesse, le roi annonce : Le dîner est enfin prêt. Mes amis, servez-vous !

Après avoir fait répéter à chacun son nom de fête, la tortue se tourne vers le cuisinier et lui ordonne : -Servez-moi donc tous les plats, puisque le roi l’a dit !

Comme jamais personne n’a entendu le roi dire une telle chose, on va le trouver pour lui  poser la question : – Roi, dites-nous, pour qui est le dîner qui vient d’être préparé ?

– Pour qui ? répète le roi tout étonné. Mais, voyons, ce n’est que pour vous !

– Avais-je menti ? Se dépêche d’ajouter la tortue, n’est-ce pas mon surnom que vous avez entendu là, prononcé de la bouche même du roi ?

Aussitôt, la tortue se met à table et, en un instant, avale tous les plats.

La fête se termine et les oiseaux ne sont pas très contents ; aussi chacun part en reprenant les plumes qu’il a prêtées les jours précédents à la tortue. Comme l’arbre est très haut, la tortue ne sait plus comment descendre sans ses ailes.

Cependant, quelques oiseaux sont restés là pour tout nettoyer. La tortue leur donne à manger le reste des plats qu’elle n’a pas pu finir. En retour, elle leur demande d’aller prévenir sa femme et lui dire d’entasser au pied de l’arbre tout ce qu’elle pourrait trouver de souple et de mou ; du coton, de la paille et des feuilles.

Mais les oiseaux décident d’en profiter pour se venger. Ils vont bien prévenir la femme de la tortue mais ils lui disent : Ton mari te demande d’entasser au pied du plus grand arbre de la forêt tout ce que tu pourras trouver de plus dur et de plus résistant : cailloux, morceaux de verre, bouts de fer, etc.

Puis, lorsque la femme a fini le travail qu’ils lui ont demandé, les oiseaux reviennent annoncer à la tortue que tout est prêt et arrangé selon ses désirs.

Sûre que le terrain a été spécialement préparé pour rendre sa chute moins brutale, la tortue se laisse tomber de l’arbre et bien évidemment s’écrase sur le tas de cailloux ; sa carapace se casse en mille morceaux.

C’est l’escargot qui, de sa salive, sauve la tortue en recollant chaque morceau. Mais depuis ce temps, chacun peut facilement reconnaître les bosses et les nombreuses cicatrices dont le dos de la tortue porte encore les traces.

9 réflexions au sujet de « Pourquoi la tortue a la carapace bosselée (conte nigérian) »

  1. On peut aussi élargir ce concept de trouver une histoire derrière l’apparence d’un animal, avec d’autres animaux/choses comme avec le long cou de la girafe, la poche du kangourou, la tour penchée de Pise en Italie, etc.

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