Réflexion sur la classe inversée

Par Exalta Araujo, Alliance française de Panjim, Goa

C’est aux États-Unis que deux professeurs, Jonathan Bergman et Aaron Sams, enseignants de chimie ont crée ce système de cours mis en ligne pour les étudiants qui s’absentaient. Ils constatèrent avec surprise que ceux qui n’avaient pas manqué de classes allaient les consulter également.

Le principe de cette approche est très simple ; les leçons sont étudiées chez soi en autonomie, quant aux devoirs, ils sont effectués en classe. D’où le nom de ce concept : la classe inversée, « flipped classroom » étant le nom original anglais. On parle aussi de pré-classe. Les enseignants vont préparer leurs cours au moyen de vidéos consultables en ligne (appelées « capsules vidéo ») qui seront regardées chez soi par l’élève. La journée en classe sera réservée à la discussion, aux problèmes concernant la leçon et à la mise en application du cours étudié en autonomie. Cette méthode favorise beaucoup le travail en groupe dans la classe et l’apprenant est beaucoup plus actif.

Concernant les avantages et les inconvénients de cette pédagogie : l’accès à l’Internet peut être difficile pour certains jeunes. En outre comment vérifier que les vidéos seront bien vues pour ne pas refaire le cours en classe, par conséquent quelles sanctions prendre si cela n’a pas été fait. Certains y verront une simple utilisation des TIC caché sous un autre intitulé plus à la mode. Enfin le point le plus important : la place de l’enseignant dans ce dispositif ; les enregistrements vidéos remplaceront-ils un jour le contact humain ?

Venons-en aux avantages : l’apprenant peut revenir en arrière pour visionner quelque chose qu’il n’a pas compris. Le professeur peut passer plus de temps avec chaque élève et vérifier que tout est bien compris. Ils ont la responsabilité de leur apprentissage et enfin n’oublions pas le gain de temps.

Maintenant ce concept est-il compatible avec une classe de langue étrangère ? Les apprenants seraient-ils motivés de travailler seuls chez eux sans aucune interaction avec un professeur ?

2 réflexions au sujet de « Réflexion sur la classe inversée »

  1. Merci pour votre article sur la pédagogie inversée. J’apprécie beaucoup également votre dernière question qui relativise la notion en classe de langue.

    La classe inversée en langue reprend des principes de base comme le travail en autonomie en amont de la séance, l’accès aux ressources, l’activité de l’apprenant, le refus de la transmission enseignante, etc.Ces principes existaient déjà avant avec nos livres, les tâches préparatoires demandées aux apprenants, l’approche communicative qui met avant les interactions. Ce qui change ici, c’est le format audiovisuel assez attrayant et le fait que les enseignants peuvent produire facilement des capsules grâce à une démocratisation massive des outils de production et d’édition audiovisuels numériques.

    Cependant j’émets quelques réserves :

    – la classe inversée est un phénomène de mode marketing dans le monde de l’éducation. Comme souvent, les TICE réactivent et enrichissent des approches déjà existantes.
    – la classe inversée peut également être très mal utilisée et produire notamment des vidéos très déductives sur la grammaire. Il n’y a plus de découverte inductive du fait de langue, ce qui pourrait être contraire à notre approche communicative et au déroulement d’une séance (sensibilisation, découverte, acquisition, systématisation.
    – la pédagogie des langues est une pédagogie qui, très souvent, se distingue des pédagogies de disciplines plus tournées vers un savoir à transmettre : pas étonnant, qu’elle ait bien très pris dans des disciplines scientifiques. Pour les langues, prudence.

    A discuter donc…

  2. Je mène actuellement une étude sur les avantages de pédagogie inversée auprès de mes étudiants universitaires. Je travaille plus particulièrement sur la question «En quoi la pédagogie inversée peut faciliter l’apprentissage du FLE si on partait du savoir-être pour arriver au savoir-dire ? »

    Voici mes premières constatations : Pour chaque niveau enseigné, faire visionner certaines vidéos chez soi nous permet de gagner du temps considérable en classe mais il nécessite quatre à cinq mois de préparation en amont. Puisqu’on peut recourir à l’anglais quand on parle de l’interculturel, même les étudiants timides participent vivement dans les discussions. Comme l’accent est mis sur l’observation des éléments comme le contexte, la géographie, les gestes et les vêtements, il y a une sorte de dédramatisation de la langue. Quand on travaille davantage sur le savoir-être, son ombre le savoir-dire l’accompagne volontairement. Les cours en présentiel deviennent de lieux de véritables échanges et de réalisation de diverses tâches. En ce sens, le devoir traditionnel (qui a pour but de renforcer) est fait dans la classe devant l’enseignant et la phase heuristique est faite à domicile. Ceci dit, une simple panne d’électricité et/ou d’internet peut inverser aussi notre pédagogie ! En tout cas, la présence virtuelle et de visu de l’enseignant restera toujours indispensable. Qu’en dites-vous ?

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