Regards croisés d’enseignants

Cocktail d'accueil à l'Alliance française de Madras

Des enseignants de français venus de 22 pays différents

Le 3ème Congrès Asie-Pacifique de la FIPF a connu un franc succès. Replongeant les enseignants en situation d’élèves, il fut l’occasion de faire converger la diversité francophone de la zone à un endroit précis, Chennai. Prévoyant autant la découverte et le travail que la détente au travers de concert ou danse bollywoodiennes, le Congrès a ravivé le réseau francophone d’Asie-Pacifique, l’alimentant et lui donnant une nouvelle impulsion.

*Professeur en Corée du Sud
« J’ai déjà participé aux précédents congrès et l’originalité de celui-ci est bien sûr la découverte de la culture indienne pour moi. La richesse de ce congrès, c’est les rencontres fraternelles qui en découlent, notamment asiatiques, qui sont une grande valeur ajoutée pour nous ici ! En Corée, l’attraction de la francophonie est en baisse depuis plusieurs années parce que, même s’il y a la passion, il devient justement difficile d’en justifier la raison. La jeunesse coréenne se doit d’être pragmatique et de penser avant tout à son avenir professionnel ; de plus, le gouvernement contrôlait auparavant l’enseignement des langues chinoises et japonaises mais aujourd’hui, avec leur libéralisation, elles sont devenues –avec l’anglais, qui est aussi une langue étrangère pas toujours accessible, contrairement à ici, en Inde- les plus prisées parce que les plus utiles dans cette zone géographique. Même sur le marché du travail, j’ai l’impression d’un recul de la francophonie ; par exemple, Air France était auparavant la plus grande entreprise francophone mais, aujourd’hui, elle requiert aussi des critères anglophones. C’est pour cela que l’apprentissage du français est devenu difficile à justifier bien que l’aspect esthétique reste vif. La francophonie doit donc se fixer des buts raisonnables mais à continuer à poursuivre avec passion pour les atteindre. »

*Jean-Pierre CUQ, Président de la FIPF
« Ce n’est pas la FIPF qui a choisi le lieu de ce congrès mais la Commission Asie Pacifique (CAP) ; un processus de candidatures a été mis en place et il faut dire que l’IATF était très motivée. Et puis bien sûr, l’Inde –et spécialement le sud est- et la francophonie ont une relation particulière. La francophonie c’est toujours un plus ; nous devons parvenir à montrer qu’en faire le choix est raisonnable, comparé à l’anglais. De plus, le français jouit d’une aura alimentée par sa culture, sa littérature, ses Arts… Aujourd’hui, apprendre le français, comme toute autre langue étrangère, appartient à la panoplie éducative supérieure du monde. »
The Hindu, revenant sur le congrès, relaye la parole de M. CUQ dans son article ‘For a strong French connection’ et souligne le problème du manque d’enseignant de français, principalement parce que la rémunération du poste est perçue comme trop faible.

*Professeur de FLE en France
« Je suis venue assister à ce congrès avec l’espoir d’échanger et de découvrir de nouveaux outils en matière d’enseignement, comme l’accès libre à l’outil réseau sur le site de l’Institut Français. C’est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux partenaires diffusant la francophonie comme la Chambre du Commerce et de l’Industrie Paris-Ile de France qui a crée un parcours ‘français de la mode’. Le français a encore de beaux jours sur le marché du travail ! »

*Béactrice Atherton, vice-présidente de la Commission pour l’Asie Pacifique de la FIPF et Présidente de la FATFA –federation of associations of teachers of French in Australia
« Ce congrès c’est la possibilité de comprendre l’entièreté de la situation de la langue française en zone Asie Pacifique mais aussi la situation globale de cette zone, notamment la Corée, le Japon et la Chine pour ma part. C’est aussi un moyen de rechercher ensemble et de conceptualiser une méthodologie contemporaine adaptée à cette aire particulière, en prenant le contexte plurilinguistique en compte. L’échange qui a lieu dans ce genre de meeting est à promouvoir ; en Australie, beaucoup de gens ignorent que la francophonie existe en Inde, en Chine, etc… »
Pour Mme Atherton, la pédagogie doit se garder de « vouloir transformer les élèves en français ; les élèves sont des passeurs de cultures. » Plus ils en auront en eux, plus grand sera leur enrichissement !

*Rencontre post-congrès avec Mme Chitra Krishnan, enseignante et directrice du département de français et langues étrangères à Madras University
« Ce congrès a été un grand succès ; c’est un moment inoubliable en tant que professeur. On rencontre énormément de personnes qui sont aussi très motivées et par le même objet que nous ! J’appartiens à l’ancienne génération d’enseignants, celle qui va bientôt laisser sa place ; c’était donc l’occasion de revendiquer toutes ces années d’enseignement, tout notre travail. Quant à la nouvelle génération, c’est l’occasion pour eux d’en avoir un avant-goût et peut-être de trouver de l’inspiration. Après 30 ans dans ce monde professionnel, je n’avais pas vraiment d’attentes précises de ce congrès mais pourtant, j’ai suis parvenue à être surprise, par la découverte d’une nouvelle génération d’enseignants en Inde, semblant elle aussi avoir ce ‘fire in the belly’ ! Et puis ce congrès a permis pour la première fois la collaboration de différents organismes tels que l’Alliance Française of Madras, la FIPF, l’IAPF, etc… Tout le monde a vraiment travaillé dur et ça s’est perçu dans la dernière soirée qui exprimait bien cet éclatement à la fin d’un travail bien accompli sur lequel on a passé du temps. »

*Rencontre post-congrès avec Romain, enseignant tuteur français, à Madras University pour l’année scolaire 2012/2013
« Le congrès m’a donné beaucoup d’imagination, c’était une source d’inspiration. Pour moi, ce rassemblement international de professeurs était une richesse à exploiter ; nouvelles idées pédagogiques, savoir ce qui fonctionne ou non, se faire des contacts à l’étranger pour de futurs emplois… J’ai beaucoup apprécié la diversité des thèmes abordés en ateliers : la linguistique pure, la pédagogie, la didactique… »

Propos recueillis par Amanda JACQUEL

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